Mobilisation des lycéens : pourquoi les slogans les plus provocateurs se multiplient
Entre humour, vulgarité et revendications sociales, les pancartes « trash » deviennent un outil pour se faire entendre
Dans les manifestations de lycéens et d’étudiants, les pancartes sont devenues un élément incontournable du mouvement. Depuis plusieurs jours, les jeunes rivalisent d’imagination pour interpeller le gouvernement et dénoncer leurs conditions de scolarité. Mais au milieu des revendications plus classiques, un autre type de message attire particulièrement l’attention : les slogans volontairement vulgaires, parfois à connotation sexuelle.
À Rennes, lors de la manifestation du mardi 6 octobre, plusieurs pancartes particulièrement crues ont ainsi été brandies par des adolescents et des étudiants. Derrière ces formules provocatrices, leurs auteurs revendiquent avant tout une volonté : être vus, faire réagir et ne pas passer inaperçus.

« Il faut choquer pour être entendus »
Devant le cortège rennais, plusieurs lycéennes de 15 et 16 ans ont choisi un slogan volontairement provocateur faisant référence à leurs journées de cours. Élèves de première au lycée Descartes, elles expliquent que le message vise notamment leurs emplois du temps et les longues journées passées dans les établissements.
Pour Anthéa, l’objectif est précisément de retenir l’attention. Selon elle, un slogan trop conventionnel risque de passer inaperçu alors qu'une formule choquante peut être immédiatement remarquée et mémorisée.
La lycéenne insiste toutefois sur le fond de la revendication. Elle dénonce des journées qui peuvent s’étendre de 8 heures à 18 heures ainsi que des emplois du temps comportant parfois de longues périodes sans cours, alors que le temps consacré au déjeuner peut être très réduit.
Ces adolescentes participaient pour certaines à leur première manifestation. Leur choix illustre une stratégie assumée chez une partie des jeunes mobilisés : utiliser l'humour, la provocation et parfois la vulgarité pour donner davantage de visibilité à des revendications liées à l'école et aux conditions d'études.

Des slogans « trash » revendiqués comme non agressifs
Un autre lycéen rencontré dans le cortège arborait une pancarte visant directement Emmanuel Macron et utilisant une expression particulièrement vulgaire. Le jeune homme explique là encore vouloir provoquer une réaction plutôt qu'insulter personnellement quelqu'un.
Fils d'enseignants, il relie son message aux difficultés qu'il dit constater dans le métier de ses parents, notamment leurs rémunérations et leurs conditions de travail. Pour lui, le caractère provocateur du slogan permet surtout de « marquer les esprits ».
La même logique est revendiquée par trois étudiantes en école d'architecture, qui avaient choisi une pancarte associant une référence sexuelle à la question des aides personnalisées au logement (APL). Elles reconnaissent le caractère vulgaire de leur message, mais considèrent qu'il permet de mettre en avant une préoccupation très concrète : le coût de leurs études et du matériel nécessaire à leur formation.
Leur raisonnement est simple : une revendication formulée de manière classique risque de ne pas attirer l'attention, tandis qu'un slogan très cru peut susciter des réactions et pousser les passants à s'intéresser au message qui se trouve derrière la provocation.
L'humour comme moyen de mobilisation
Les adolescents ne sont d'ailleurs pas les seuls à adopter ce registre. À Rennes, une mère de trois enfants, dont deux sont lycéens, défilait elle aussi derrière une pancarte au message volontairement vulgaire. Elle explique que ce sont ses enfants qui lui ont soufflé l'idée et qu'elle assume complètement le choix du slogan.
Pour cette mère de famille, l'essentiel est que le message soit suffisamment frappant pour être remarqué. Elle dit soutenir la mobilisation des jeunes et estime que les adultes doivent également leur apporter leur soutien.
Dans un cortège de plus de 10 000 personnes à Rennes, ces pancartes ont donc une fonction qui dépasse la simple recherche de provocation. Elles constituent pour leurs auteurs une manière de contourner les codes traditionnels du discours militant, en utilisant l'humour, le langage cru et les références sexuelles pour attirer l'attention sur des préoccupations liées aux conditions d'étude, aux aides sociales ou à l'avenir des jeunes.
La multiplication de ces slogans témoigne surtout d'une volonté de visibilité. Pour ces manifestants, le message doit d'abord être vu pour pouvoir être entendu. Même lorsque la forme choque ou fait sourire, leurs auteurs affirment qu'elle sert avant tout à porter des revendications qu'ils jugent essentielles.




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