Le bilan des dix ans de mandat d’Emmanuel Macron embarrasse ses héritiers, candidats à la présidentielle
- 2 juil.
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Gabriel Attal et Edouard Philippe ne cessent d’être renvoyés au chef de l’Etat. S’ils cherchent à se détacher de la figure présidentielle afin d’incarner une rupture, ils se posent, sur certaines thématiques, dans la continuité des deux quinquennats écoulés.
Changement de braquet avant la trêve estivale. Soucieux de ne pas s’enfermer dans le duel qui l’oppose au président du parti Horizons, Edouard Philippe, dans la course à l’Elysée, le secrétaire général de Renaissance, Gabriel Attal, avait choisi de débattre, lundi 29 juin, avec des représentants du Rassemblement national (RN) et de La France insoumise (LFI).

Sur le plateau de LCI, les arguments qu’il a convoqués ont consisté à dénoncer « le pacte nationalo- “insoumis” » entre Jean-Luc Mélenchon – « le nouveau Trump français » – et les « habits poutiniens » du RN. Des éléments de langage taillés sur mesure pour un électorat angoissé à l’idée d’un second tour de la présidentielle de 2027 où le bloc central serait effacé au profit des « deux extrêmes ».
Depuis plusieurs semaines, les deux hommes multiplient les déplacements, les prises de parole et les débats télévisés afin de se démarquer l’un de l’autre. Mais leurs adversaires leur rappellent systématiquement leur proximité avec le chef de l’État. À gauche comme à droite, nombreux sont ceux qui estiment qu’il est impossible de défendre une rupture tout en ayant participé, à des degrés divers, aux gouvernements successifs d’Emmanuel Macron.
Dix années qui ont profondément transformé la France
Élu en 2017 sur la promesse de dépasser le clivage traditionnel entre la gauche et la droite, Emmanuel Macron a engagé une série de réformes économiques, sociales et institutionnelles qui ont profondément modifié le paysage politique français. Certaines ont été saluées par les milieux économiques, les investisseurs et plusieurs partenaires européens, tandis que d’autres ont suscité de vives contestations.
Parmi les réformes mises en avant par l’exécutif figurent la baisse progressive du chômage, l’attractivité retrouvée du territoire français auprès des investisseurs étrangers, les plans de réindustrialisation, le développement de nouvelles filières comme les batteries électriques ou les semi-conducteurs, ainsi qu’un rôle renforcé de la France sur la scène européenne depuis le Brexit.
Le gouvernement souligne également les investissements réalisés dans le cadre du plan France 2030, destinés à soutenir l’innovation, la transition énergétique et la souveraineté industrielle du pays. Selon la majorité, ces politiques ont permis à la France de mieux résister aux conséquences économiques de la pandémie de Covid-19 puis de la crise énergétique provoquée par la guerre en Ukraine.

Des réformes qui ont profondément divisé
Mais ces succès revendiqués ne suffisent pas à faire oublier les nombreuses crises qui ont jalonné les deux quinquennats.
La réforme des retraites demeure sans doute le symbole le plus marquant des tensions entre le pouvoir et une partie de la population. L’adoption du texte, grâce à l’article 49.3 de la Constitution, a provoqué plusieurs mois de manifestations, des grèves massives et une forte dégradation de l’image du gouvernement auprès d’une partie des Français.
Si l’exécutif a justifié cette réforme par la nécessité d’assurer l’équilibre financier du système, ses opposants y voient encore aujourd’hui une décision imposée sans véritable consensus démocratique.
Autre dossier particulièrement sensible : la colère du monde agricole. Entre la hausse des coûts de production, les normes environnementales, la concurrence des produits importés et les revenus jugés insuffisants, les agriculteurs ont multiplié les blocages et les manifestations.
Les images de tracteurs convergeant vers Paris ou bloquant les grands axes routiers ont marqué l’année 2024. Malgré plusieurs annonces d’aides et des simplifications administratives promises par le gouvernement, de nombreux syndicats agricoles estiment que les réponses apportées restent insuffisantes face aux difficultés structurelles du secteur.
Pouvoir d’achat, santé et services publics
Le pouvoir d’achat s’est également imposé comme une préoccupation majeure. La flambée des prix de l’énergie puis de l’alimentation a alimenté un sentiment de déclassement chez une partie des ménages. Si le gouvernement a mis en place différents dispositifs de soutien, notamment des boucliers tarifaires et des aides ciblées, beaucoup de Français ont continué à exprimer leurs inquiétudes face à l’augmentation du coût de la vie.
Dans le même temps, les difficultés rencontrées par l’hôpital public et les services d’urgence ont régulièrement fait la une de l’actualité. Les professionnels de santé dénoncent depuis plusieurs années le manque de personnel, les difficultés de recrutement et la saturation des établissements.
L’exécutif affirme avoir engagé des investissements importants, mais les critiques persistent quant à la capacité du système hospitalier à répondre durablement aux besoins de la population.
Les questions liées à l’éducation, à la sécurité, à l’immigration et aux finances publiques ont également nourri de nombreux débats. Autant de sujets sur lesquels Gabriel Attal comme Édouard Philippe devront préciser leurs positions afin de convaincre les électeurs qu’ils proposent une nouvelle étape, tout en assumant l’héritage des années Macron.

Un héritage devenu un enjeu électoral
À mesure que l’échéance de 2027 approche, le bilan des deux quinquennats s’impose comme l’un des principaux thèmes de la campagne. Pour les partisans du président sortant, ces dix années ont permis de moderniser l’économie française et de renforcer la place du pays en Europe malgré une succession de crises inédites.
Pour ses opposants, elles ont laissé une société plus fragmentée, marquée par des tensions sociales récurrentes et une défiance croissante envers les institutions.
C’est précisément cette lecture contrastée qui place Gabriel Attal et Édouard Philippe dans une position délicate. Tous deux devront convaincre qu’ils sont capables de prolonger les réformes qu’ils jugent efficaces tout en répondant aux critiques formulées contre le macronisme. Cette équation pourrait largement déterminer l’issue de la campagne présidentielle de 2027.




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