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Hamza dit « La Douane », adolescent de 14 ans, ciblé par une campagne de harcèlement raciste de la part de l’extrême droite : SOS Racisme saisit l’Arcom

  • 3 juil.
  • 6 min de lecture

Hamza dit « La Douane » : quand la viralité transforme un adolescent en symbole politique malgré lui

Tout a commencé comme une scène d’été, légère, presque absurde, au bord du canal Saint-Martin, à Paris. En pleine vague de chaleur, un adolescent de 14 ans, en maillot de bain et casquette à l’envers, se filme en train de réclamer deux euros aux passants pour les laisser circuler. S’ils refusent, il les arrose avec un pistolet à eau. Il se surnomme lui-même « La Douane ». En quelques heures, les vidéos quittent Snapchat, circulent sur TikTok, Instagram, YouTube, sont reprises, commentées, remixées, imitées. Hamza devient un visage viral.

Mais ce qui aurait pu rester une bêtise de quartier, une séquence de canicule et d’adolescence, bascule rapidement dans autre chose. La viralité ne s’arrête pas à l’amusement. Elle grossit, déforme, arrache les images à leur contexte et finit par transformer un mineur en sujet national. Hamza n’est pas un influenceur adulte, entraîné à gérer son image ou à comprendre les risques d’une exposition massive. C’est un garçon de 14 ans qui filme sans mesurer ce que les réseaux peuvent faire d’un visage, d’un prénom, d’une adresse, d’une école, d’une famille.

Très vite, la presse s’empare du phénomène. Des chaînes d’information en continu se déplacent, tendent le micro, attendent une nouvelle scène. Le garçon, lui, se retrouve au centre d’un emballement qu’il ne contrôle plus. Sous les vidéos, les réactions se divisent.

Certains le trouvent drôle, insolent, attachant, pas plus dangereux qu’un adolescent qui cherche à faire rire pendant l’été. D’autres dénoncent des comportements pénibles : passants arrosés, terrasses dérangées, baignades interdites, tensions avec des riverains. Ces critiques peuvent s’entendre. Mais une troisième vague de commentaires apparaît rapidement : des insultes racistes, des attaques sur ses origines, des propos politiques qui ne parlent plus d’un geste, mais d’une identité.

C’est là que l’affaire change de nature. Hamza n’est plus seulement un adolescent qui a dépassé les limites. Il devient, pour certains responsables politiques, chroniqueurs et médias marqués à droite ou à l’extrême droite, le symbole commode d’un discours plus large sur l’autorité, l’immigration, les quartiers populaires et la délinquance.

Sur certains plateaux, on ne parle plus d’un collégien avec un pistolet à eau, mais d’un symptôme national. On réclame des sanctions, on évoque ses parents, on parle d’allocations, on transforme son comportement en preuve supposée d’un effondrement de la société.

SOS Racisme dénonce précisément cette mécanique. L’association affirme que Hamza est devenu la cible d’une campagne de harcèlement raciste et annonce saisir l’Arcom, tout en étudiant d’autres voies juridiques. Pour elle, ce qui se joue dépasse largement le cas individuel du garçon. L’affaire révèle une brutalité désormais fréquente : des enfants ou adolescents issus de minorités visibles deviennent des supports de fantasmes politiques, parfois en quelques heures, à partir d’une vidéo sortie de son contexte.

Cette dérive n’est pas isolée. SOS Racisme rappelle d’autres exemples récents : une vidéo tronquée d’un spectacle d’école maternelle à Montreuil utilisée pour assimiler des enfants à des terroristes, le déferlement de haine suscité par le prénom Zaïd donné au premier bébé de 2026, ou encore les propos récurrents visant les mineurs isolés. Dans tous ces cas, le mécanisme est comparable : un enfant devient un prétexte. Son individualité disparaît. Il n’est plus vu comme un mineur, avec son âge, ses erreurs, son immaturité, mais comme un symbole à charger politiquement.

Le plus inquiétant, dans l’affaire Hamza, n’est donc pas seulement la moquerie ou la polémique. C’est la vitesse avec laquelle un adolescent peut être arraché à son statut d’enfant pour devenir un objet de débat public. À 14 ans, on peut faire des bêtises.

On peut provoquer, frimer, chercher le buzz, manquer de recul. Mais cette immaturité devrait justement appeler de la protection, pas une exposition nationale. Le droit à l’erreur, le droit à l’enfance ordinaire, le droit de ne pas être réduit à son origine ou à son quartier, ne semblent pas s’appliquer à tous de la même manière.

Cette affaire pose aussi une question sociale. En période de canicule, les jeunes des quartiers populaires n’ont pas tous accès à un jardin, une maison fraîche, une piscine ou une climatisation. Pour certains, les canaux, les fontaines, les espaces publics deviennent des lieux de survie, de jeu, de rassemblement. Cela n’excuse pas tout, mais cela rappelle que les comportements adolescents ne naissent pas dans le vide. Ils s’inscrivent dans des conditions de vie, dans des villes inégalement adaptées à la chaleur, dans des logements qui deviennent parfois invivables l’été.

Mais l’autre grande question est celle du racisme. La France n’est pas un pays indifférent à ces sujets, mais les chiffres montrent un paradoxe. Selon la CNCDH, l’indice longitudinal de tolérance reste élevé en 2025, à 64 sur 100, proche de ses meilleurs niveaux historiques. Pourtant, les actes de haine demeurent nombreux : 1 320 faits antisémites recensés, 326 faits antimusulmans, en hausse de 88 %, et 1 643 faits liés à d’autres formes de racisme, en hausse de 17 %. La CNCDH souligne aussi que les signalements en milieu scolaire ont atteint 3 851 actes racistes et antisémites dans les établissements du second degré.

Ces données montrent une réalité complexe : les valeurs de tolérance progressent dans l’opinion, mais les actes et les discours racistes restent profondément ancrés. Plus grave encore, la plupart des victimes ne portent pas plainte. La CNCDH estime qu’environ 1,2 million de personnes se déclarent chaque année victimes d’atteintes à caractère raciste, mais que 97 % ne déposent pas plainte. Autrement dit, la partie visible du racisme n’est qu’une petite fraction du phénomène réel.

C’est pourquoi l’éducation joue un rôle central. En France, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme est officiellement intégrée à la mission de l’École. Le ministère de l’Éducation nationale rappelle que l’École doit faire acquérir à tous les élèves le respect de l’égale dignité des êtres humains, de la liberté de conscience et de la laïcité.

Chaque année, la Semaine d’éducation et d’actions contre le racisme et l’antisémitisme mobilise établissements, enseignants, élèves, parents et associations autour du 21 mars, journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale.

Mais la tendance actuelle montre que l’éducation antiraciste ne peut plus se limiter aux commémorations ou aux leçons abstraites. Les enfants ne découvrent plus le racisme seulement dans la cour de récréation ou dans les manuels d’histoire. Ils y sont exposés très tôt sur les réseaux sociaux, dans les commentaires, les montages vidéo, les algorithmes, les blagues virales, les contenus politiques déguisés en humour.

La CNCDH insiste d’ailleurs sur la fabrication des préjugés dès l’enfance, sous l’influence de l’environnement social, des représentations culturelles, des jouets, de la littérature jeunesse et de l’exposition numérique précoce.

La prévention doit donc changer d’échelle. Apprendre à un enfant à ne pas être raciste, aujourd’hui, ce n’est pas seulement lui dire que tous les êtres humains sont égaux. C’est aussi lui apprendre à reconnaître une vidéo tronquée, une caricature racialisée, une rumeur, un commentaire haineux, un montage destiné à humilier. C’est lui apprendre qu’un prénom, une couleur de peau, une origine réelle ou supposée ne peuvent jamais servir à expliquer la valeur d’une personne. C’est lui donner les outils pour comprendre comment une image peut être utilisée contre quelqu’un.

L’affaire Hamza montre aussi que l’éducation doit concerner les adultes. Les enfants imitent souvent les hiérarchies de mépris qu’ils voient autour d’eux. Quand des plateaux télévisés, des comptes militants ou des responsables publics parlent d’un mineur comme d’une menace politique, ils envoient un message puissant : certains enfants seraient moins protégés que d’autres. Certains auraient moins droit à l’erreur. Certains seraient plus facilement suspects. C’est précisément ce type de logique que l’éducation antiraciste doit déconstruire.

Le Plan national de lutte contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations liées à l’origine 2023-2026 affiche cinq grandes ambitions : mieux mesurer la réalité du racisme, nommer la haine, mieux éduquer et former, sanctionner les auteurs, accompagner les victimes. Il prévoit notamment un renforcement de la formation et du travail pédagogique.  Mais entre l’intention et l’efficacité, il reste un écart. Les associations alertent régulièrement sur le manque de moyens, la difficulté à faire vivre ces actions toute l’année et la violence accélérée par les réseaux sociaux.

Le cas de Hamza rappelle donc une leçon simple : protéger les enfants ne consiste pas seulement à les empêcher de faire des bêtises. Cela consiste aussi à empêcher les adultes de les broyer lorsqu’ils en font. Un adolescent qui arrose des passants peut être recadré, rappelé à la loi, accompagné par sa famille, son école, les éducateurs, les autorités locales. Mais il ne devrait pas devenir le visage national d’une croisade idéologique.

Dans une société saturée d’images, le vrai enjeu est là : comment empêcher qu’un enfant devienne un objet de haine collective ? Comment garantir que la viralité ne se transforme pas en tribunal permanent ? Comment enseigner aux jeunes, mais aussi aux adultes, que la responsabilité numérique commence avant le partage, avant le commentaire, avant la récupération politique ?


Hamza est un adolescent. Cette phrase devrait suffire. Elle ne nie pas les nuisances, les erreurs ou les agacements réels. Elle rappelle simplement une limite fondamentale : on ne traite pas un mineur comme un adversaire politique. On ne transforme pas un enfant en symbole racialisé. On ne laisse pas une machine médiatique et algorithmique décider seule de la vie d’un gamin de 14 ans.


Derrière « La Douane », il y a donc bien plus qu’une vidéo virale. Il y a une question française très actuelle : quelle place laisse-t-on à l’enfance quand elle vient des quartiers populaires ? Quelle protection accorde-t-on aux mineurs quand ils deviennent visibles ? Et jusqu’où une société peut-elle laisser prospérer des discours racistes avant de reconnaître qu’ils ne blessent pas seulement des adultes, mais aussi des enfants ?

 
 
 

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