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Colère lycéenne : 3 024 enseignants remplaçants mobilisés en urgence, les syndicats dénoncent une réponse tardive

il y a 2 jours
3 min de lecture

Le gouvernement promet des renforts dans les lycées les plus touchés

Face à la mobilisation qui perturbe de nombreux lycées en France, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, a annoncé le déploiement de 3 024 enseignants remplaçants d’ici au mardi 13 octobre. En déplacement vendredi 9 octobre dans un établissement de Cachan, dans le Val-de-Marne, il a précisé avoir demandé aux services académiques d’identifier les professeurs disponibles, mais qui n’étaient pas encore affectés devant des élèves.

Ces enseignants, notamment des titulaires sur zone de remplacement (TZR), ont vocation à intervenir dans les établissements relevant de leur secteur afin d’assurer la continuité des cours lorsqu’un professeur est absent. Ils peuvent exercer dans différents types d’établissements du second degré, du collège au lycée. Le ministre entend déployer ces renforts en priorité dans les 114 lycées considérés comme étant en situation particulièrement difficile. Ce nombre pourrait toutefois évoluer en fonction de la situation sur le terrain.

Pour déterminer les établissements prioritaires, le ministère prend en compte le nombre d’enseignants absents et non remplacés, mais aussi la durée de ces absences. L’objectif est de concentrer les moyens là où les conséquences sur les apprentissages sont les plus importantes.

Un outil informatique utilisant l’intelligence artificielle

Édouard Geffray affirme que l’identification de ces 3 024 enseignants s’inscrit dans un chantier engagé depuis un an, même si les travaux ont été accélérés ces dernières semaines. Le ministère s’appuie désormais sur un nouvel outil informatique utilisant l’intelligence artificielle pour améliorer l’affectation des professeurs remplaçants.

Selon le ministre, les outils précédemment utilisés ne permettaient pas d’identifier suffisamment efficacement les enseignants disponibles dans les différentes académies. Il reconnaît qu’il était regrettable de ne pas avoir mobilisé plus tôt ces ressources, alors que de nombreux établissements signalent depuis la rentrée des difficultés à assurer tous les cours.

Cette annonce suscite cependant de nombreuses interrogations parmi les syndicats et les chefs d’établissement. Ils contestent moins le principe du renfort que le calendrier de sa mise en œuvre, alors que les difficultés de remplacement étaient déjà signalées depuis plusieurs semaines.

Les syndicats craignent un déplacement des difficultés

Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, dénonce une réponse élaborée dans l’urgence. Elle demande au ministre d’expliquer d’où viennent ces 3 024 enseignants et pourquoi ils n’ont pas été affectés plus tôt, alors que les établissements avaient déjà besoin de renforts.

La responsable syndicale redoute également que l’utilisation massive des remplaçants disponibles à court terme ne réduise les possibilités de remplacement pendant l’hiver. Selon elle, la mesure risque de déplacer les difficultés plutôt que de résoudre durablement le problème. Elle réclame donc des solutions structurelles pour faire face au manque de personnel.

Du côté des chefs d’établissement, François Resnais, proviseur et secrétaire national du SNPDEN-Unsa, s’étonne lui aussi de cette annonce tardive. Il rappelle que de nombreux établissements ne disposaient pas de l’ensemble des enseignants nécessaires dès la rentrée. À ses yeux, ces renforts auraient été particulièrement utiles plusieurs semaines auparavant.

Jérôme Fournier, secrétaire national du SE-Unsa, appelle pour sa part à la prudence. Les enseignants remplaçants ne peuvent pas être affectés n’importe où, souligne-t-il : leur zone d’intervention et les règles encadrant leurs missions doivent être respectées. Certains professeurs doivent déjà composer avec des déplacements entre plusieurs établissements, parfois au prix de longues heures de transport. Édouard Geffray a assuré que les règles d’affectation ne seraient pas modifiées.

Le recours aux contractuels également contesté

Les 3 024 remplaçants ne suffiront pas à couvrir tous les besoins. Le ministre a donc autorisé les rectorats à recruter plusieurs centaines d’enseignants contractuels supplémentaires, notamment dans les disciplines où les effectifs de remplacement sont insuffisants.

Cette décision provoque également la colère de certains syndicats. Louise Paternoster, secrétaire de la CGT Éduc’action de Seine-Saint-Denis, rappelle que son organisation avait alerté sur le non-renouvellement de nombreux contrats au début de l’année scolaire. Elle affirme avoir recensé 1 500 non-renouvellements dans six académies et dénonce une réponse qui reste, selon elle, très en deçà des besoins.

La syndicaliste estime que les absences non remplacées ont déjà lourdement pénalisé les élèves de son département. Elle considère que les mesures annoncées ne suffiront ni à compenser les heures de cours perdues ni à apaiser la contestation.

Les lycéens maintiennent la pression

Les annonces ministérielles n’ont pas convaincu les représentants des lycéens. Louis Letoublon, vice-président du syndicat « Les Lycéens ! », prévient que la mobilisation pourrait reprendre dès le mardi 13 octobre, date d’une nouvelle journée de manifestation appelée par l’intersyndicale.

Il estime que les renforts annoncés ne répondent qu’à une partie des revendications. Les lycéens attendent également des réponses sur les rythmes scolaires, Parcoursup et la réforme du lycée associée à Jean-Michel Blanquer.

Alors que le gouvernement mise sur ces affectations rapides pour rétablir les cours dans les établissements les plus fragilisés, les syndicats réclament des garanties sur la durée et l’efficacité du dispositif. Le déploiement des remplaçants dans les prochains jours constituera un premier test pour mesurer la portée réelle de cette réponse à la crise.

 
 
 

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