Yvette Roudy, figure historique des droits des femmes, est morte à 97 ans
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Yvette Roudy, première ministre française à avoir été chargée à part entière des Droits de la femme, est morte mardi 18 août 2026 à l’âge de 97 ans. Décédée à Cabestany, dans les Pyrénées-Orientales, où elle résidait depuis plusieurs années, l’ancienne ministre laisse derrière elle un parcours politique marqué par plusieurs avancées majeures en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.
Son nom reste notamment associé au remboursement de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) par la Sécurité sociale et à la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle. Mais au-delà de ces textes, Yvette Roudy aura consacré une grande partie de sa vie politique et militante à faire évoluer les droits des femmes, les institutions et les mentalités. Sa disparition suscite de nombreux hommages dans la gauche française et parmi les associations féministes.
Une pionnière au sein du gouvernement de François Mitterrand

Lorsque François Mitterrand arrive à l’Élysée en 1981, Yvette Roudy entre au gouvernement avec une responsabilité alors inédite. Elle est d’abord nommée ministre déléguée chargée des Droits de la femme, avant de devenir ministre des Droits de la femme à part entière. Le Sénat rappelle que cette création marque une étape importante dans l’histoire institutionnelle française : pour la première fois, un véritable ministère est consacré spécifiquement aux droits des femmes.
Cette nomination intervient dans une période où les revendications féministes occupent une place croissante dans le débat public. Les combats pour l’égalité professionnelle, la liberté de disposer de son corps, la lutte contre les discriminations et la reconnaissance de la place des femmes dans la vie politique et économique prennent alors une nouvelle dimension.
Yvette Roudy ne découvre pourtant pas le militantisme au moment de son entrée au gouvernement. Son engagement en faveur des femmes remonte à plusieurs années. Avant son parcours ministériel, elle avait notamment traduit en français The Feminine Mystique de Betty Friedan, ouvrage majeur du féminisme américain. Elle est ensuite élue au Parlement européen en 1979, où elle contribue notamment à la création de la commission consacrée aux droits des femmes.
Son parcours politique se poursuit après son passage au gouvernement. Élue députée du Calvados en 1986, elle devient ensuite maire de Lisieux en 1989. Elle continuera à défendre la place des femmes dans la société et s’engagera notamment en faveur de la parité politique.
Le remboursement de l’IVG, une avancée historique
Parmi les mesures qui ont marqué son passage au gouvernement figure le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale. La mesure est adoptée en 1982 et constitue une étape déterminante dans l’accès effectif des femmes à l’interruption volontaire de grossesse. Le Sénat rappelle que la loi du 31 décembre 1982 portée par Yvette Roudy concernait précisément la couverture des frais liés à l’IVG non thérapeutique et les modalités de son financement.
Cette réforme intervient quelques années seulement après la légalisation de l’avortement en France. Pour les militantes féministes de l’époque, la légalisation ne pouvait être pleinement effective sans un accès financièrement possible à l’intervention.
Le combat mené par Yvette Roudy s'inscrit donc dans une histoire plus large de conquête des droits des femmes. La ministre défend également une meilleure application de la législation existante et souhaite renforcer l’information des femmes sur leurs droits, notamment en matière de contraception. Des archives parlementaires montrent qu’elle insistait déjà, au début de son mandat, sur la nécessité de mieux appliquer la législation relative à l’IVG et de développer les campagnes d’information.
La loi Roudy de 1983, un texte fondateur sur l’égalité professionnelle
L’autre grande réalisation associée à son nom est la loi du 13 juillet 1983 relative à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.
Cette loi constitue une évolution importante du droit français du travail. Elle introduit notamment un principe général de non-discrimination entre les femmes et les hommes et prévoit des mécanismes permettant de lutter contre les inégalités en matière d’embauche, de rémunération et de carrière. Le Sénat souligne que la loi Roudy a marqué le passage d'une logique principalement centrée sur la protection des femmes à une approche davantage fondée sur le principe de non-discrimination.
L’ambition était considérable : faire en sorte que l’égalité ne soit pas seulement affirmée dans les textes, mais qu’elle puisse également se traduire dans la réalité professionnelle.
Le sujet restera d’ailleurs au cœur des préoccupations d’Yvette Roudy durant les décennies suivantes. Dans un témoignage publié par le Sénat en 2015, elle revenait sur le combat pour la parité et soulignait que les progrès accomplis ne signifiaient pas que l’égalité était définitivement acquise.
Cette volonté de poursuivre le combat explique aussi son engagement après son départ du gouvernement. En 1992, elle crée l’Assemblée des femmes, association destinée notamment à promouvoir la parité dans les institutions. Quelques années plus tard, elle participe au « Manifeste des dix pour la parité », signé par plusieurs anciennes ministres de droite et de gauche.
Une ministre qui voulait aussi changer les mentalités
L’action d’Yvette Roudy ne s’est pas limitée aux textes de loi. Son ministère entendait également agir sur les mentalités et sur la représentation des femmes dans la société.
Elle défend notamment la féminisation des noms de métiers et cherche à renforcer la présence des femmes dans des secteurs où elles sont encore minoritaires. Elle souhaite également développer les moyens des structures chargées d’informer les femmes sur leurs droits et améliorer la prise en charge des femmes victimes de violences.
Des documents historiques montrent par ailleurs qu’un travail de coopération avait été engagé entre son ministère et celui de l’Intérieur afin d’améliorer l’accueil des femmes victimes de violences dans certains commissariats et de former les personnels à ces problématiques.
À une époque où les violences faites aux femmes étaient encore largement considérées comme relevant de la sphère privée, cette volonté de faire évoluer les institutions témoignait déjà d'une approche plus globale de la question des droits des femmes.
Un engagement politique qui ne s’est jamais vraiment arrêté
Après son départ du gouvernement en 1986, Yvette Roudy ne disparaît pas de la vie publique. Elle poursuit son parcours électif, notamment comme députée puis maire de Lisieux, tout en continuant à porter les revendications féministes.
Son engagement en faveur de la parité devient particulièrement visible dans les années 1990. Elle défend l’idée que la représentation politique des femmes ne peut pas être laissée au seul rythme des évolutions sociales et qu’elle doit être accompagnée par des changements institutionnels.
Cette conviction l’amène à participer à différents combats pour une meilleure représentation des femmes dans les institutions françaises. Son parcours illustre ainsi une constante : pour Yvette Roudy, l’égalité entre les femmes et les hommes devait être défendue à la fois par la loi, par les politiques publiques et par une transformation progressive des mentalités.
Dans un témoignage au Sénat, elle décrivait d’ailleurs la parité comme un « combat inachevé », rappelant que les avancées obtenues ne devaient pas conduire à considérer la question de l’égalité comme définitivement réglée.
Une disparition qui provoque de nombreux hommages
L’annonce de sa mort a rapidement suscité des réactions dans le monde politique. L’ancien président François Hollande a salué une femme « de convictions et de combats », tandis que la sénatrice socialiste Laurence Rossignol a rappelé plusieurs des avancées auxquelles son nom reste associé.
Le Parti socialiste a également rendu hommage à une personnalité ayant, selon lui, porté des « avancées historiques » et contribué à changer durablement la vie des femmes.
Ces réactions témoignent de la place particulière occupée par Yvette Roudy dans l’histoire politique française. Même si certaines de ses réformes ont depuis été complétées ou prolongées par d’autres textes, plusieurs des combats qu’elle portait restent au cœur des débats contemporains : égalité salariale, accès aux responsabilités, représentation politique, lutte contre les discriminations ou encore défense des droits sexuels et reproductifs.
Sa disparition intervient ainsi alors que les questions d’égalité entre les femmes et les hommes demeurent toujours présentes dans le débat public.
Une héritière des grands combats féministes
Avec la mort d’Yvette Roudy, la France perd une personnalité qui aura participé à transformer profondément la place des droits des femmes dans l’action publique.
Son passage au gouvernement, de 1981 à 1986, aura notamment été marqué par deux textes majeurs : celui permettant le remboursement de l’IVG par la Sécurité sociale et la loi de 1983 sur l’égalité professionnelle. Mais son héritage dépasse largement ces deux réformes.
Elle aura contribué à faire des droits des femmes une véritable politique gouvernementale, avec un ministère dédié, une administration spécifique et des actions menées dans différents secteurs de la société. La création de ce ministère en 1981 a d’ailleurs constitué une rupture importante dans l’histoire institutionnelle française.
À 97 ans, Yvette Roudy s’éteint après plusieurs décennies consacrées à la politique et au féminisme. Son parcours restera associé à une génération de femmes qui, dans les années 1970 et 1980, ont contribué à faire entrer les revendications féministes au cœur des institutions françaises.
Son nom demeure désormais attaché à plusieurs avancées qui ont profondément modifié la vie quotidienne de millions de femmes. Et, comme le rappellent les hommages rendus après sa disparition, les combats qu’elle a menés restent, pour beaucoup, loin d’être achevés.




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