Canadair : Gabriel Attal a-t-il réellement empêché l'achat de deux avions bombardiers d'eau ? Retour sur une polémique au cœur de la campagne présidentielle
- 17 juil.
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Une controverse relancée par les incendies de l'été
Alors que plusieurs incendies de grande ampleur frappent la France en plein été, la question des moyens de lutte contre les feux de forêt est redevenue un sujet majeur du débat politique. Les critiques se sont rapidement concentrées sur Gabriel Attal, accusé d'avoir compromis l'achat de deux Canadair lorsqu'il était Premier ministre en 2024.
Les accusations, relayées notamment par La France insoumise, surviennent au moment où la France fait face à des incendies d'une intensité croissante, conséquence du réchauffement climatique. Mais que s'est-il réellement passé ?

Un budget de la Sécurité civile réduit en 2024
Les faits montrent que le gouvernement dirigé par Gabriel Attal a effectivement procédé à une importante réduction des crédits consacrés à la Sécurité civile.
Le 21 février 2024, un décret a annulé près de 53 millions d'euros initialement prévus dans le programme destiné notamment à l'acquisition de deux Canadair supplémentaires.
Cette décision s'inscrivait dans un vaste plan d'économies budgétaires voulu par le gouvernement afin de contenir la dégradation des finances publiques.
Plusieurs rapports parlementaires publiés en 2024 et 2025 ont conclu que cette coupe budgétaire avait contraint la Direction générale de la Sécurité civile à renoncer à la commande de deux appareils supplémentaires.
Les promesses d'Emmanuel Macron toujours en attente
Après les gigantesques incendies qui avaient ravagé la Gironde durant l'été 2022, Emmanuel Macron avait pourtant promis un renforcement significatif de la flotte française.
Le chef de l'État s'était engagé à remplacer les douze Canadair existants et à porter la flotte à seize appareils avant la fin de son second quinquennat.
Quatre ans plus tard, cet objectif est loin d'être atteint. Les nouveaux avions bombardiers d'eau ne devraient finalement pas être livrés avant 2033, alimentant les critiques sur le manque d'anticipation face aux risques climatiques.

Gabriel Attal défend son bilan
Face aux attaques, Gabriel Attal réfute toute responsabilité.
L'ancien Premier ministre affirme être le seul chef de gouvernement des vingt dernières années à avoir lancé une commande de nouveaux Canadair. Une déclaration qui repose sur un élément réel, mais qui mérite d'être nuancée.
Les appareils auxquels il fait référence sont ceux acquis dans le cadre du programme européen RescEU, créé par l'Union européenne afin de constituer une réserve commune de moyens de protection civile.
Des Canadair financés principalement par l'Union européenne
Contrairement à ce que laisse entendre Gabriel Attal, ces futurs avions ne résultent pas uniquement d'une décision française.
Le financement provient en grande partie de l'Union européenne et s'inscrit dans un accord négocié depuis plusieurs années entre plusieurs États membres.
Ces Canadair seront intégrés à une flotte européenne pouvant être déployée dans différents pays en fonction des besoins, notamment lors de catastrophes naturelles majeures.
Autrement dit, si la France bénéficiera bien de ces appareils, leur acquisition ne peut être attribuée exclusivement au gouvernement Attal.
Une bataille politique autour des moyens de lutte contre les incendies
La polémique intervient dans un contexte particulièrement sensible.
Jean-Luc Mélenchon accuse les gouvernements successifs d'avoir pratiqué une « austérité aveugle » ayant fragilisé les moyens de la Sécurité civile. La France insoumise rappelle avoir déposé de nombreux amendements visant à renforcer les budgets consacrés à la lutte contre les incendies.
De son côté, Gabriel Attal dénonce des accusations qu'il juge mensongères et affirme que son gouvernement a permis d'engager le renouvellement de la flotte.
Une dépendance qui inquiète
Au-delà de la polémique politique, plusieurs spécialistes soulignent un problème plus profond : la France ne produit aujourd'hui aucun Canadair.
Ces avions sont fabriqués exclusivement au Canada, ce qui rend les livraisons particulièrement dépendantes des capacités industrielles nord-américaines.
Or, les incendies se multiplient également au Canada, faisant craindre que les besoins nationaux puissent ralentir ou limiter les exportations.
Cette situation alimente désormais les propositions de plusieurs responsables politiques, parmi lesquels Jean-Luc Mélenchon ou encore Édouard Philippe, qui plaident pour le développement d'un avion bombardier d'eau conçu et produit en France ou en Europe afin de renforcer l'autonomie stratégique du pays face aux catastrophes climatiques.
Une polémique révélatrice des défis climatiques
Si Gabriel Attal peut effectivement revendiquer la participation française au programme européen RescEU, plusieurs rapports parlementaires confirment également que les restrictions budgétaires décidées en 2024 ont compromis l'achat immédiat de deux Canadair supplémentaires.
À mesure que les incendies deviennent plus fréquents et plus violents, la question dépasse désormais le simple affrontement politique. Elle pose celle de la capacité de la France à disposer, dans les prochaines années, des moyens suffisants pour protéger efficacement son territoire face à un risque appelé à s'intensifier.




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