top of page
  • Facebook
  • Twitter
  • Instagram
  • YouTube

Alice Rufo : « La force de la France est d’être fiable, prévisible et fidèle à ses engagements »

  • il y a 5 jours
  • 6 min de lecture

De la guerre en Ukraine à l’autonomie stratégique européenne, des incendies de forêt à la transformation de l’industrie de défense, Alice Rufo défend une ligne fondée sur la préparation, la souveraineté et la continuité des engagements français. À l’occasion des commémorations du 82e anniversaire du débarquement de Provence, la ministre déléguée auprès de la ministre des Armées et des Anciens combattants revient sur les principaux enjeux militaires et géopolitiques auxquels la France est confrontée.

Le débarquement de Provence, une mémoire qui résonne avec la guerre en Ukraine

Présente dans le Var lors des commémorations du 82e anniversaire du débarquement de Provence, Alice Rufo insiste d’abord sur la portée historique de l’opération Dragoon. Selon la ministre, quelque 230 000 soldats français ont débarqué en Provence en août 1944, avec des parcours, des origines, des confessions et des conditions très différents. Leur objectif commun était la libération du territoire français.

Pour Alice Rufo, cette histoire prend une résonance particulière alors que la guerre est revenue sur le continent européen avec l’invasion russe de l’Ukraine. La ministre estime que les commémorations doivent permettre aux jeunes générations de comprendre le rôle qu’elles auront à jouer dans la transmission de cette mémoire. La disparition progressive des derniers témoins directs de la Seconde Guerre mondiale renforce, selon elle, cette responsabilité. En juin, lors de l’accueil de vétérans américains en France, Alice Rufo avait déjà insisté sur la nécessité de transmettre cette histoire aux jeunes générations et de faire vivre la mémoire de ceux qui avaient combattu pour la liberté.

Cette dimension mémorielle rejoint ainsi la réflexion française sur la défense actuelle. Alice Rufo considère que les commémorations ne doivent pas seulement regarder vers le passé : elles peuvent également rappeler que la liberté et la souveraineté nécessitent un engagement collectif lorsque les équilibres internationaux sont menacés.

Mirage 2000, Rafale et sixième génération : préparer la guerre de demain

Interrogée sur l’avenir de l’aviation de combat française, alors que la coopération franco-allemande autour du Système de combat aérien du futur connaît des difficultés, la ministre refuse de considérer les Mirage 2000D comme des appareils dépassés. Elle souligne notamment leur engagement opérationnel en Ukraine et le retour d’expérience jugé positif des pilotes ukrainiens formés par la France.

Pour le gouvernement français, l'enjeu consiste à maintenir simultanément les capacités actuelles et à préparer les systèmes futurs. Le Rafale doit ainsi continuer d’évoluer vers le standard F5, tandis que la France prépare déjà l’aviation de combat de sixième génération. Alice Rufo insiste toutefois sur le fait que cette future capacité ne se limitera pas à un nouvel avion : elle devra fonctionner comme un « système de systèmes », intégrant notamment un cloud de combat.

Cette approche s’inscrit dans une politique plus large de modernisation des équipements. Dans un entretien accordé à La Tribune, Alice Rufo avait également expliqué que la France consacrait plusieurs milliards d’euros au développement des drones dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2024-2030, avec l’objectif de renforcer leur présence dans les différentes composantes des forces armées.

Des armées mobilisées aussi contre les incendies

L’été 2026 a également illustré le rôle des armées dans la gestion des crises intérieures. Alice Rufo défend l’utilisation de l’A400M dans la lutte contre les incendies de forêt. L’appareil peut emporter un kit permettant le largage de 20 tonnes de retardant. Selon la ministre, cette capacité constitue un moyen supplémentaire destiné notamment à créer des barrières de retardant, afin de permettre aux bombardiers d’eau de se concentrer sur l’attaque directe des foyers.

La mobilisation ne s’est toutefois pas limitée à l’A400M. Les armées ont également engagé des drones Reaper pour la surveillance nocturne, des hélicoptères et des moyens terrestres. Au plus fort des incendies, près de 2 000 militaires et 600 pompiers militaires ont été mobilisés, notamment pour établir des pare-feux ou sécuriser des secteurs évacués.

Cette intervention s’inscrit dans une réflexion plus large sur l’adaptation des forces armées aux conséquences du changement climatique. La mission confiée à Jean-Louis Thiériot doit notamment évaluer la contribution des armées à la résilience nationale et à la lutte contre les feux de forêt. Pour Alice Rufo, l’adaptation climatique est désormais intégrée à la stratégie militaire française, tant dans la préparation des forces que dans certaines opérations à l’étranger.

Ukraine, défense antimissile et dépendance européenne aux équipements américains

La guerre en Ukraine constitue également un révélateur des vulnérabilités européennes. Alice Rufo souligne l’ampleur des besoins ukrainiens en matière de défense antimissile et rappelle que la France a lancé avec l’Ukraine une coalition consacrée à cette question.

La ministre met surtout en avant la dépendance persistante de nombreux pays européens à l’égard des équipements américains. Les importants besoins en missiles Patriot liés aux opérations américaines au Moyen-Orient montrent, selon elle, les limites de cette dépendance dans une situation internationale où plusieurs théâtres de crise peuvent mobiliser simultanément les capacités américaines.

Paris ne présente toutefois pas l’autonomie stratégique européenne comme une alternative à l’Otan. L’objectif est plutôt de renforcer les capacités européennes afin de rendre l’Alliance plus robuste. La France développe ainsi avec l’Italie le SAMP/T de nouvelle génération, présenté comme une capacité européenne souveraine de défense contre les missiles balistiques.

Cette volonté de renforcer les moyens européens s’inscrit dans une position défendue par Alice Rufo depuis plusieurs mois. En janvier, elle avait déjà estimé que l’Europe devait renforcer sa capacité à assumer sa propre défense tout en restant engagée dans les alliances existantes.

« Économie de guerre » : produire davantage et plus rapidement

L’autre priorité évoquée par la ministre concerne la transformation de l’industrie française de défense. Le modèle conçu pour des opérations expéditionnaires doit désormais être adapté à l’hypothèse d’un conflit de haute intensité, ce qui implique de produire davantage, plus rapidement et sur une période plus longue.

Alice Rufo met en avant plusieurs instruments : accélération des commandes publiques, hausse des moyens de la Loi de programmation militaire, mobilisation du secteur financier et augmentation des cadences industrielles. Selon les chiffres qu’elle avance, les financements des grands groupes bancaires français en direction de la défense ont progressé de 26 % et 30 fonds d’investissement spécialisés ont été créés en un an.

La ministre évoque également le stockage de matières premières stratégiques, la consolidation de la réserve industrielle de défense, la création de France Munitions et le soutien à l’innovation duale, pour laquelle 300 millions d’euros ont été mobilisés selon ses déclarations.

La question des drones illustre cette volonté de transformation industrielle. Alice Rufo avait précédemment indiqué que la France souhaitait notamment développer une filière nationale et accélérer la massification des drones, en tirant les leçons des conflits contemporains.

Moyen-Orient, Syrie et Sahel : une stratégie fondée sur la continuité

Au Moyen-Orient, Alice Rufo décrit une situation toujours très instable, marquée par la recomposition des partenariats stratégiques. Face à cette évolution, elle estime que la France dispose d’un atout particulier : sa capacité à rester présente auprès de partenaires différents et à maintenir des canaux de dialogue avec plusieurs acteurs.

La ministre cite notamment les relations françaises avec le Koweït, les Émirats arabes unis, le Qatar, l’Arabie saoudite et la Jordanie, tout en évoquant le maintien de canaux avec l’Iran et les échanges avec Oman sur la sécurité maritime et le déminage dans le détroit d’Ormuz. Sa ligne, assure-t-elle, repose sur trois principes : soutenir la souveraineté des partenaires, respecter le droit international et contribuer à la stabilité régionale.

Sur la Syrie, elle affirme que la France n’a jamais normalisé ses relations avec le régime de Bachar al-Assad. Paris entend désormais accompagner la reconstruction des capacités souveraines syriennes, notamment dans les domaines de la lutte contre le terrorisme, du déminage et du désarmement chimique.

En Afrique, Alice Rufo rejette l’idée d’un « retour discret » de l’armée française au Sahel. Elle présente plutôt la politique actuelle comme une nouvelle stratégie engagée depuis 2022-2023, fondée sur des partenariats adaptés aux demandes des États concernés. Le modèle des grandes bases militaires a été abandonné au profit de coopérations portant notamment sur le renseignement, les équipements et la formation, avec des pays comme le Bénin, la Côte d’Ivoire ou le Gabon.

Guerre des mines et industrie de défense : accélérer face aux nouvelles menaces

La guerre des mines constitue enfin l’un des domaines dans lesquels la France entend accélérer. Pour éviter une rupture capacitaire dans l’attente des futurs bâtiments militaires du programme SLAM-F, la Direction générale de l’armement a, selon Alice Rufo, notifié le 21 juillet une commande portant sur une douzaine de drones de surface et sous-marins supplémentaires, accompagnés de l’affrètement de navires civils.

La France coopère dans ce domaine avec plusieurs partenaires européens, notamment le Royaume-Uni pour les drones et la Belgique et les Pays-Bas pour les bâtiments. Les bâtiments de guerre des mines définitifs doivent, selon la ministre, être livrés au cours des cinq prochaines années.

Cette politique repose également sur la consolidation de la base industrielle et technologique de défense. Alice Rufo voit ainsi dans le rapprochement annoncé entre Thales et Exail Technologies un signe du dynamisme de l’industrie française, particulièrement dans les domaines de la guerre des mines et de la robotique sous-marine.

À travers l’ensemble de ces dossiers, la ministre défend une même logique : préparer les forces françaises aux conflits futurs tout en conservant les capacités immédiatement nécessaires. Dans un contexte marqué par la guerre en Ukraine, les tensions au Moyen-Orient et la transformation des équilibres internationaux, Alice Rufo résume cette ligne par une formule qui se veut également une définition du rôle français : la force de la France réside dans sa capacité à être « fiable, prévisible et fidèle à ses engagements ». Cette position implique, selon elle, de renforcer la souveraineté nationale et européenne sans rompre avec les alliances existantes.

 
 
 

Commentaires


Abonnez-vous pour recevoir notre PBC

About Us

POSTBOY CLUB est une plateforme d'actualités numériques couvrant l'actualité, les divertissements, le sport, la finance et le style de vie, fournissant des mises à jour régulières et des reportages clairs et fiables dans le monde entier.

Téléchargez notre application mobile

Join us on mobile!

Download the “POSTBOY CLUB” app to easily stay updated on the go.

Scan QR code to join the app
Download on the App Store
Get it on Google Play
bottom of page