Mort de Lyhanna : le tribunal d'Auch refuse d'être le bouc émissaire et dénonce une "vindicte populaire encouragée par un discours politique décomplexé"
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Alors que la colère monte depuis la mort de Lyhanna, les magistrats, fonctionnaires et contractuels du Tribunal judiciaire d’Auch ont délivré une motion. S'ils comprennent l'émotion suscitée par la disparition de la fillette, ils déplorent que les personnalités politiques aient choisi "de dévoyer une émotion citoyenne que nous partageons, en une vindicte populaire mésinformée sur les conditions dans lesquelles est rendue leur Justice."

Menacés, insultés, désignés coupables : les personnels du tribunal judiciaire d'Auch (Gers) refusent d'être les boucs émissaires de la mort de Lyhanna. Réunis en assemblée plénière le 8 juin, ils ont voté une motion dénonçant une "vindicte populaire" encouragée, selon eux, par "un discours politique décomplexé".
La justice bouc émissaire
Cette motion a été votée après que les personnels judiciaires ont rappelé qu'ils "souhaitent en tout premier lieu adresser leurs pensées à la famille et aux proches de Lyhanna, et s’associent à leur douleur".
Depuis la disparition de la petite Lyhanna, la justice est montrée du doigt. Elle n'aurait pas protégé la fillette dont l'auteur présumé de sa disparition avait fait l'objet de signalements sans être appréhendé par la justice.
Le tribunal d'Auch auquel avait été transmis des signalements et des plaintes dirigées contre Jérôme Barella a été particulièrement ciblé par la vindicte populaire. "Cette défiance publique envers la magistrature a déjà des conséquences : insultes, menaces de mort reçues par Madame la Procureure de la République, discours de certains justiciables en audience", a indiqué cette motion des personnels du tribunal d'Auch votée le 8 juin en assemblée générale.
Un discours politique décomplexé
Depuis que le corps de Lyhanna a été retrouvé et que l'on sait que l'auteur présumé de ce crime avait fait l'objet de plaintes et signalements, la colère gronde et le divorce entre les citoyens et la justice s'accentue.
Les politiques eux aussi sont dans le collimateur alors leur défense vise également l'institution judiciaire de manière très ciblée et accusatoire. Les signataires ont mis en cause "un discours politique décomplexé" émanant de "personnalités politiques placées au plus haut niveau de responsabilité", conduisant à la "vindicte populaire" selon la motion qui vient d'être votée et rendue publique.
Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin avait pointé sans ambiguïté la semaine dernière "les dysfonctionnements accablants et inacceptables des services de l'Etat", évoquant "évidemment des sanctions" contre des magistrats si des dysfonctionnements venaient à être mis au jour.
Au plus haut de l'Etat, les responsabilités de la justice ont été dénoncées. "Il est clair qu'il y a un dysfonctionnement et c'est inacceptable", avait déclaré vendredi le président Emmanuel Macron, en déplacement au Monténégro. Hier, l'avocat de la famille de Lyhanna a pris la parole : "attribuer la responsabilité de ce drame à l'institution judiciaire serait un non-sens absolu", déclare François Roujou de Boubée. Il répond également au président de la République sur la question des moyens mis en avant par l'opposition.
Oui Monsieur le Président, c'est la vraie cause du problème.
Maître François Roujou de Boubée à propos du manque de moyens de la justice
"Oui Monsieur le Président, c'est la vraie cause du problème".
Dans leur motion, ils dénoncent les cadences et affirment avoir reçu 10.000 plaintes en 2025 pour seulement "trois magistrats du parquet pour une population de 192.000 habitants".
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin ainsi que celui de l’Intérieur Laurent Nunez étaient auditionnés par la commission des lois du Sénat hier matin 9 juin 2026. "Je constate tous les jours que des parquets poursuivent des sujets que je ne considère pas prioritaires, alors que je vois qu’il y a des stocks criminels en attente", avait notamment déclaré Gérald Darmanin.
Les premières conclusions de l'enquête administrative confiée à l'Inspection générale de la justice et à l'Inspection générale de la gendarmerie nationale, seront dévoilées le 19 juin.



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